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Les quatre saisons de la Plaine de l’Abbaye n° 19 / été 2010

jeudi 11 juin 2015, par S.R.

Reconnaître les oiseaux de la plaine, sortie du samedi 8 mai 2010

Nous étions un petit groupe de 8 personnes au rendez-vous avec Élisabeth Vedere du Centre Ornithologique du Gard.

Ce printemps pluvieux nous a habitué d’accepter les quelques gouttes de pluie du début de notre marche avec bonne humeur. Et même plus tard quand les quelques gouttes devenaient averse, nous continuions pour écouter dans les intervalles plus calmes le chant des oiseaux.

L’association COGard a été crée en 1980 dans le but d’améliorer les connaissances sur la faune et la flore du Gard et plus particulièrement son avifaune et mener des actions d’étude, de protection et d’information. Basé sur cette formation, Élisabeth Vedere a su nous parler des oiseaux mais aussi des plantes rencontrées au bord de notre chemin.

photo S.R.

En général, le chant d’un oiseau est destiné à rapprocher les partenaires, à défendre le territoire et sert également à houspiller les intrus. Ces sont surtout les mâles qui chantent, pourtant chez quelques espèces les femelles chantent aussi.

Dès le début nous entendions le beau chant du Merle noir bien connu de nous tous. Nous avions même l’impression que sous la pluie son chant était encore plus perlé. Nous le voyions bien le Merle, haut perché sur la pointe d’un arbre.

Par contre, pour voir les couleurs du plumage d’un Faucon posé sur un câble téléphonique dans le lointain, nous avions besoin de la lunette professionnelle d’Élisabeth. Avec cet bel instrument, nous pouvions discerner le gris bleuté de la tête, de la nuque et des cotés du cou du mâle et presque juste à la couleur de ses ongles. Et c’est la couleur des ongles qui donne l’indication sûr qu’il s’agit d’un faucon crécerelle ou d’un Faucon crécerellette. Elles sont jaunes chez le Faucon crécerelle.

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photo S.R.

Un autre oiseau que nous entendions tout au long de notre chemin était le Rossignol Philomène. Chanteur infatigable, il domine le concert printanier par sa voix puissante et éclatante. C’est la vigueur et les subtiles nuances dans son chant qui impressionnent.

Beaucoup plus discrète est la Mésange bleu avec son chant le plus caractéristique, à signification territoriale, formé par 2 à 3 notes aiguës, suivie d’un trille rapide et liquide : tsss tsi tsi iiirrrrr. Un autre type de chant se termine par des sons bien détachés : tse tse tse tu tu tu tu.

Une seule fois nous entendions le chant d’une autre Mésange, la Mésange à longue queue.

Déjà au début de notre parcours et au même endroit au retour, nous entendions bien le gazouillis rapide avec des trilles, grincements et stridulations sur une tonalité très aiguë du Serin cini - seulement nous n’arrivions pas à le voir.

Nous n’avons pas vu mais nous avons entendu le chant de la Fauvette mélanocéphale, son babil prolongé formé de longues strophes de notes grinçantes, entrecoupé des notes rêches, de brefs sifflements et surtout de nombreux cris de crécelle : tret tre tret ou tra tra tra.

Levant la tête de temps à autre, nous discernions bien les Hirondelles rustiques avec leur longue queue fourchue des Martinets noirs avec leur silhouette en vol en forme de faux. Les cris suraigus des Martinets noirs srii ... srii ... srii ... ne peuvent être confondus avec d’autres.

Nous avons entendu un seul Moineau domestique. C’est un oiseau qui se fait de plus en plus rare actuellement.

Plus loin et nous approchant du contre canal, nous écoutions le son clair et métallique, chanté avec un tempo saccadé du Troglodyte mignon. Sur le livre d’Élisabeth nous pouvions voir sa petite boule de plumes et sa queue courte et relevée. C’est un des plus petits oiseaux, il ne pèse que 9 grammes ! Toujours agité, il inspecte les moindres recoins de fouillis et de bois mort à ras du sol.

Un autre oiseau entendu mais pas vu était le Grimpereau des jardins. Si on a la chance de pouvoir l’observer on peut le voir tournant en spirale autour du tronc d’un arbre à la recherche des insectes du bas vers le haut, pour recommencer dans l’autre sens.

Au lointain dans le milieu couvert des grands arbres, nous pouvions entendre le chant flûté du Loriot d’Europe. C’est un oiseau de la taille d’un Merle qui montre un beau plumage jaune avec des ailes noir et un bec rouge foncé. Il reste constamment caché dans l’épais feuillage des arbres. La strophe de son chant comprend la plupart du temps quatre notes qui, d’une suite à l’autre, comportent de légères variantes dans le ton : didelio ... didlia ... dideliao.

C’est également le milieu du Geai des chênes. Il se signale par son cri le plus fréquent : schreii !, un son sonore et aigre pour donner l’alarme et lors du passage de l’homme.

Toujours sous la pluie, nous sommes montés sur la grande digue. C’est l’endroit de la Bouscarle de Cetti, presque invisible dans la végétation. Elle ne passe pourtant jamais inaperçus par son chant caractéristique qui surprend par sa puissance et sa soudaineté. Mis en paroles on peut dire avec elle : "Je suis, je suis, je suis la Bouscarle de Cetti."

Sur le chemin de retour, nous voyions une Cane, la dame du Canard col vert, avec ses canetons s’éloigner à notre approche. Et nous parlions des oiseaux que nous ne pouvions voir ce matin-là : le Héron cendré, le Milan noir, grands oiseaux pourtant présents dans la plaine, et du Martin-pêcheur d’Europe qui nidifie le long du contre canal.

Élisabeth nous parlait aussi de l’Outarde canepetière, dont on peut voir actuellement la parade nuptiale sur la plaine de l’aérodrome de Pujaut. L’Outarde canepetière est difficile à localiser, nichant au milieu des herbes hautes au sol. Elle est menacé par le fauchage avancé quand les oiseaux couvent et élèvent encore leurs petits. Une des actions de l’association COGard est la restauration de l’Outarde : comptages, mesures de gestion favorable, actions de sensibilisation avec les agriculteurs ...

Sigrun Reineking

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photos S.R.

Deux photos de notre pique-nique sous le grand cerisier lors de l’inauguration de l’itinéraire artistique "Chemin faisant ..." organisé par l’association air libre. C’était le 2 mai 2010.

Dans le prochain bulletin vous allez trouver des photos sur le travail des artistes et des vues des œuvres terminés.

Observer les insectes dans la plaine de l’Abbaye, sortie du 22 mai 2010

Samedi 22 mai après-midi, l’association avait organisé dans la plaine de l’Abbaye, sur les bords du contre-canal, une "sortie nature".

Vers 14 heures, un groupe d’une trentaine de participants était donc réuni au pied de la Tour Philippe-le-Bel.

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photo S.R.

Dès l’arrivée au bord du contre-canal, j’ai présenté un bref historique de cette structure et j’en ai exposé l’utilité et le fonctionnement. J’ai signalé la présence de castors dans ces lieux. Bien entendu il n’était pas question d’en apercevoir, car ces gros rongeurs aquatiques ont une activité presque exclusivement nocturne. Ils se nourrissent en partie de l’écorce d’arbres qu’ils abattent avec leurs dents acérées. Il est évident qu’il faut dans ce cas laisser l’arbre abattu jusqu’à ce que les castors aient exploité toute l’écorce, faut de quoi ils s’attaquerait à un autre !

On peut parfois observer en plein jour d’autres rongeurs aquatiques : les ragondins. Ceux-ci, nettement plus petits que les castors, sont beaucoup moins craintifs et, à condition d’éviter les mouvements brusques, on peut les approcher à quelques mètres !

Chemin faisant, nous avons remarqué la dense végétation arbustive qui recouvre les pentes du contre- canal : nous avons insisté sur la nécessité de conserver un tel milieu qui constitue, outre un site de vie et de nidification pour de nombreuses espèces d’oiseaux, un havre de biodiversité pour une foule de batraciens, de reptiles, d’insectes ...

Ce type de végétation est, de plus, très varié, allant des espèces hygrophiles qui croissent près de l’eau, à des plantes des milieux plus secs au sommet des pentes. Sur la rive coté Rhône, très ensoleillée, on trouve même des végétaux habituellement rencontrés en garrigue, comme le thym ou la biscutelle.

La plupart des arbres poussant sur les bord du chemin longeant le contre-canal sont des peupliers blancs et peupliers noirs, des frênes, des robiniers (faux acacias), des aubépines ...

Le but de la balade était l’observation des insectes.

Le printemps relativement tardif de cette année n’a hélas pas permis de voir toutes les espèces qui se rencontrent habituellement à cette époque. Nous avons cependant aperçu quelques papillons comme les tircis ou diverses piérides, capturés au filet pour identification, puis aussitôt libérés. Nous avons également pu observer un "petit bleu" pas très commun : Glaucopsyche alexis, nom scientifique qu’il n’est pas nécessaire de mémoriser !

Nous avons eu l’occasion de montrer les différences qui existent entre les libellules et les "demoiselles" : les espèces appartenant au premier groupe se posent les ailes ouvertes, à plat, alors que les demoiselles, au repos, tiennent presque toujours leurs ailes jointes au-dessus du corps ; ce corps est en outre beaucoup plus grêle que celui des libellules.

Quelques cétoines ont été observés sur des fleurs, et plusieurs participants à la sortie ont regretté que ces insectes aient la fâcheuse habitude de dévaster les roses ou les iris de leurs jardins !

Sur une plante d’asparagus, la petite fille d’un de nos promeneurs a découvert quelques criocères : ces petits coléoptères s’attaquent aux asperges cultivées ou sauvages.

Pour en revenir aux papillons, quelques participants se posaient la question de leur survie en hiver, ce qui nous a donné l’occasion d’apporter des informations plus détaillées sur la période de repos hivernal (diapause) de ces insectes. Chez certaines espèces, comme le citron, ou le vulcain, c’est l’adulte qui hiberne, caché dans de la végétation dense, ou au creux d’un mur ou d’un rocher ... La reproduction, dans ce cas, n’a lieu qu’au printemps suivant. Chez d’autres espèces, la diapause se fait au stade de la chrysalide (c’est le cas le plus fréquent) ; chez d’autres au stade de la chenille, et, pour d’autres encore, c’est l’œuf qui passe l’hiver pour n’éclore qu’au printemps ...

Tout en cheminant, nous avons encore pu observer dans les eaux du contre-canal diverses espèces de poissons, principalement des brèmes, des tanches ou des black-bass.

Pour ceux qui avaient eu le temps ou la patience de suivre jusqu’au bout, la balade s’acheva vers 18 heures.

Je pense que tous sont repartis avec le sentiment que la nature dont nous avons la chance de profiter aux portes de notre ville est un bien précieux qu’il est nécessaire de préserver ...

Alain Camard

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photo S.R.

Une photo de la deuxième sortie organisé avec Alain Camard : Observer les papillons Demi-deuil et Mégère, samedi 19 juin 2010.

Les enfants dans la Plaine : le meilleur et le reste

Le meilleur :

C’était avant le concert assourdissant des batraciens du canal, avant le chant des oiseaux la nuit aussi. C’était avant Chemin-faisant, avant ces journées d’un printemps qui ressemble à un automne lumineux et pluvieux. C’était avant la neige tombée, dont certains genêts ne se redresseront pas. Avant le ciel encendré aussi. C’était sur la passerelle. Un jour d’automne, probablement.

Trois enfants. Deux vélos. Une trottinette. Dans le canal, la trottinette. Par les vélos par les enfants posés, la trottinette dans l’eau précipitée. Trois enfants seuls, du moins, jusque là. Et là, je passe, et je vois. Je vois trois enfants, deux vélos, une trottinette. Dans le canal, la trottinette, je vois. Les enfants expliquent : sur la passerelle, l’un pose la trottinette, l’autre et l’autre encore son vélo. Par l’interstice des barreaux, la trottinette par les vélos poussée se trouve dans l’eau précipitée. Avec une branche, l’enfant à la trottinette, du bord de l’eau, chercher à la rapprocher, à la sortir, à s’en sortir, de cette situation. Les autres regardent, encouragent par leur présence, et se désolent de leur impuissance. A mon tour je regarde, j’encourage par ma présence, me désole et me demande comment gagner en puissance. Guider la branche du haut de la passerelle, j’essaie. Et à mon tour, me désole de mon impuissance, mais je persiste, et les enfants aussi persistent. Ce jour d’automne, probablement, est jour de grâce, certainement. Alors un homme passe, et voit trois enfants, deux vélos, une trottinette. Dans le canal, la trottinette, il voit. J’explique : sur la passerelle, etc. Alors, l’homme, à son tour, avec la branche, avec l’enfant à la trottinette, du bord de l’eau, chercher à la rapprocher cette trottinette, à la sortir, à sortir l’enfant de cette situation. A son tour, il se désole de son impuissance, mais il persiste, et je persiste, et les enfants aussi persistent. Ce jour d’automne, probablement, est jour de grâce, certainement. Alors un couple passe ; un homme, et une femme, ensemble. Et voient trois enfants, deux vélos, une trottinette Dans le canal, la trottinette, et le l’homme avec la branche et moi sur la passerelle. J’explique : etc. Alors, l’homme retire ses chaussures de sport. L’homme retire ses chaussettes de sport. La femme, le premier homme, les enfants l’encouragent. Je l’encourage aussi d’ailleurs. L’homme rentre dans l’eau froide de l’automne finissant, rapproche cette trottinette, la sort, sort l’enfant de cette situation. Chacun reprend son bien, sa trottinette, son vélo, ses chaussures et son chemin, heureux.

Le reste :

Juste avant chemin faisant, bien après la neige. Jour de printemps, jour de cendres certainement. Un groupe d’enfants, un cabanon, et un jeu ? Le jeu du feu. Le feu au cabanon. Mettre le feu au cabanon, est-ce un jeu ?

C’est dangereux.

Les pompiers sont venus, car sur le cheval, un homme a vu, et prévenu. Les lourds véhicules, les longs tuyaux, les tenues bleues, ils ont éteint le feu que les enfants ont mis, au cabanon.

Ils ont sorti la plaine de cette situation, de l’incendie que les enfants ont mis. Puis ils ont roulé leurs tuyaux, essuyé leurs fronts, pris place dans leurs camions, et sont partis. Qui est heureux ?

Valérie Guillemot

A bientôt avec des nouvelles sur notre projet des jardins partagés ...

Et entre temps bons vacances d’été.

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